En Chine, la fleur des lettrés
En Chine, on cultive les orchidées depuis plus de deux mille ans. Il s’agit surtout de petits cymbidiums aux fleurs discrètes mais très parfumées, appelés lan. Confucius les comparait à l’homme de bien, dont la vertu se répand comme un parfum même quand personne ne le voit. L’orchidée est devenue l’un des « quatre gentilshommes » de la peinture chinoise, avec le bambou, le prunier et le chrysanthème.
En Europe, un nom donné par les Grecs
En Europe, le philosophe grec Théophraste, élève d’Aristote, décrit au IVᵉ siècle avant notre ère une plante qu’il nomme orkhis, d’après la forme de ses tubercules. Pendant des siècles, les orchidées d’Europe sont surtout des plantes médicinales, auxquelles on prête des vertus aphrodisiaques.
Les premières orchidées tropicales arrivent en Angleterre au XVIIIᵉ siècle. En 1732, une plante des Bahamas, Bletia purpurea, y fleurit pour la première fois en serre : c’est le début d’une passion.
La folie des orchidées
Au XIXᵉ siècle, les orchidées deviennent l’obsession des riches amateurs anglais : on parle d’orchidelirium. Les grandes pépinières, comme celles de Frederick Sander ou de James Veitch, envoient des chasseurs dans les forêts d’Amérique du Sud et d’Asie. Ils y passent des mois, parfois des années, et beaucoup y meurent de maladies ou d’accidents. Pour récolter les plantes, on abat parfois des arbres entiers, et des stations disparaissent en quelques saisons. Les découvertes sont tenues secrètes, et les nouvelles espèces s’arrachent aux enchères, à Londres, à des prix extravagants.
Faute de connaître leurs besoins, on les cultive d’abord dans des serres surchauffées et étouffantes, où la plupart meurent. Il faut des décennies pour comprendre que beaucoup d’orchidées viennent de montagnes fraîches et aérées.
C’est aussi l’âge d’or de l’illustration botanique. John Nugent Fitch dessine et lithographie les 528 planches de The Orchid Album, publié à partir de 1882 : celle qui illustre cette page en est tirée.
Des hybrides à la production de masse
En 1856, à la pépinière Veitch, John Dominy obtient la première orchidée hybride fleurie, un calanthe. Les obtenteurs n’ont jamais cessé depuis : on compte aujourd’hui plus de 100 000 hybrides enregistrés.
Deux découvertes du XXᵉ siècle changent tout :
- en 1922, l’Américain Lewis Knudson réussit à faire germer des graines d’orchidées sans leur champignon associé, sur une gelée nutritive sucrée ;
- vers 1960, le Français Georges Morel met au point le clonage par culture de méristèmes, à partir de la pointe des jeunes pousses : on peut produire des milliers de plantes identiques.
L’orchidée devient alors une plante de grande production. Aujourd’hui, des serres des Pays-Bas, de Taïwan ou de Chine produisent chaque année des dizaines de millions de phalaenopsis, et l’orchidée est la plante en pot la plus vendue en France.
La fin de la chasse
Depuis la convention de Washington sur le commerce international des espèces menacées (CITES), signée en 1973 et entrée en vigueur en 1975, toutes les orchidées sauvages sont protégées : leur commerce international est contrôlé, et interdit pour les plus menacées, comme les sabots de Vénus d’Asie. Le braconnage n’a pas disparu pour autant, mais les orchidées que l’on achète viennent de culture.
La chasse qui reste permise, c’est la chasse photographique : les orchidées sauvages, y compris celles de France, se contemplent et se photographient, sans se cueillir.





